Obsession

obscession

Tous les jours, la même image, la même crainte, la même peur. Une peur devenue angoisse, devenue obsession.

Quand je suis sur le quai de ma station de métro, et que celui arrive enfin à mon niveau, j’ai toujours l’impression qu’une bombe va exploser. Que ma vie va subitement s’arrêter au moment où les portes de la rame s’ouvriront sous mon regard inquiet à l’idée d’une mort imminente. C’est une une sensation que je n’arrive pas à contrôler. Je dois vivre en essayant d’accepter cette fatalité.

J’aime à me remémorer les propos d’Albert Camus parus dans l’édition du 8 août 1945 de Combat, quotidien né de l’esprit de résistants français, sur le traitement médiatique qui avait alors été fait de la bombe Atomique :

Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. […] Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Dans le métro, je regarde cette femme au magnifique visage pâle, aux lèvres pincées peintes d’un rouge sang. La beauté est froide comme le sang des vampires. Ce visage agissant comme un aimant. Je ne parviens pas à le quitter des yeux. Je n’en ai d’ailleurs pas envie. Il serait absurde de refuser les rares moments de Grâce que le monde nous offre.

La Bible nous apprend que la Grâce est une faveur imméritée. C’est Jésus, incarnation humaine du Divin, qui est venu nous l’offrir, par sa chaleur, sa bonté et la consistance matérielle que représente sa chair, cette même chair qui nous compose à tous. La présence d’une telle beauté dans ce métro meurtrier, symbole même de notre civilisation mécanique qui a tourné le dos à la Nature, est évidemment une forme de manifestation de cette Grâce, dernière chance du condamné que je suis, moi le jeune cadre francilien qui n’a jamais été touché par la foi – et ne le sera probablement jamais.

Et pourtant, la bombe n’a pas explosé.

Aurais-je été gracié ? “Celui qui cache ses transgressions ne prospère pas mais celui qui les avoue et les délaisse obtiendra miséricorde”, dit la Bible. Je n’ai pas osé aborder cette femme. Je ne la reverrai plus jamais. Tout comme je n’avouerai jamais mes transgressions.

One Comment

  1. FENEC

    21 mai 2016 15 h 48 min, Répondre

    Je suis jaloux de votre talent, réellement jaloux. Puis-je seulement vous demander d’écrire un peu plus souvent ?

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