Paranoïa Berghain

La réunion de l’après-midi avait été insupportable. Soixante minutes en position debout.

Les quelques chaises disponibles étaient déjà occupées par des membres de mon équipe que je ne connaissais toujours pas. La température de la petite salle de réunion donnait l’impression d’augmenter à chaque minutes.

Le peu d’énergie qu’il me restait s’éteignit au fur et à mesure que les diaporamas avancés. Etre arrivé à la fin de la présentation sans avoir fait un malaise relevait probablement d’un miracle. Je devais être le premier à sortir de la pièce, j’ai tout de suite pris la direction du bureau qui m’était attribué. Traversant précipitamment un des couloirs de l’open space, évitant minutieusement les regards, pour arriver à me glisser de façon nonchalante sur une chaise de bureau couleur noire déprimante.

D’un coup, une forte envie d’écouter de la techno s’empara de moi et un artiste en particulier. Il s’agissait d’un DJ que j’avais repéré quelques heures plus tôt dans l’après midi, une musique techno que l’on pourrait qualifier de « Simple Dark », des percussions de qualités, une ligne de basse parfaitement calibrée. Le track était accompagnée d’une voix d’origine germanique, sombre et mystérieuse, répétant sans cesses des instructions qui avaient résonnées dans ma tête toute la journée. Mes écouteurs étaient déjà dans mes oreilles quand mon regard passa de mon écran à celui de cette connasse de collègue qui me faisait face. Elle était sur YouTube à la recherche d’une musique de Christine and the Queens. Ce devait peut-être être aujourd’hui, un coup de folie qui arrive dans une vie et qui vous la change à jamais, un débordement, une perte de contrôle. Je me levai de ma chaise, le beat de la musique techno montait en puissance dans mes oreilles, j’étais maintenant bien déterminer à lui mettre un coup de pied dans sa sale face. J’allai viser la tempe pour être sûr qu’elle souffre le plus possible et en espérant qu’à l’impact de mon coup sa tête frapperait aussi violemment son bureau. En me dirigeant vers elle mon pied se heurta à un trou entre deux carrés de moquette me faisant ainsi perdre mon équilibre. Dans ma chute mes écouteurs se détachèrent de mon téléphone laissant ainsi la musique se répandre à travers la fonction haut-parleur dans tout l’open space.

En relevant la tête la configuration de l’espace avait complément changé ce qui était un open space classique était devenu un hangar industriel aux murs lugubres et aux plafonds sales. Une brume légère remplissait l’espace m’empêchant de voir précisément au loin. Des faisceaux de lumières balayaient l’horizon dans toutes les directions. La musique techno que j’écoutais il y a quelque instant était partout à un volume qui me rappelait le niveau sonore d’un nightclub. Je devais me faire à l’idée j’avais atterri dans un de ces clubs Berlinois.

Petit à petit une ombre se dessina dans la brume, c’était un homme à en juger sa corpulence, il effectuait une chorégraphie étrange mais parfaitement en accord avec la musique. Il bougeait dans tous les sens, une aura puissante se dégageait autour de lui comme si toute l’énergie de la musique était retranscrit dans ses gestes. Son visage m’apparaissait maintenant clairement, une goutte de sueur dégoulinait de son visage, il devait avoir très chaud, d’un coup son regard croisa le mien, les pupilles de ses yeux était complément dilatée, d’une couleur noire profonde, comme celui d’un tigre sur le point d’attaquer. J’en étais maintenant certain il s’agissait de Dominique mon manager. Son regard se sépara du mien dans une indifférence totale, il me semblait que l’apocalypse aurait pu se trouver autour de lui cela ne l’aurait aucunement perturbé. De plus en plus d’ombres apparaissaient autour de moi il s’agissait des membres de mon équipe, je reconnu Rodriguo par sa petite taille, dansant comme un acharné avec une brutalité qui contrastait avec son attitude quotidienne. Il y avait aussi Nicolas dont le style vestimentaire était transformé du costume classique il était maintenant assorti d’un jean slim retroussé laissant apercevoir des chaussettes de couleurs vertes, des Stan Smith blanches et un débardeur noir un peu trop large. Ses cheveux étaient plaqués en arrière grâce à je ne sais quel liquide, probablement grâce à sa sueur.

En me relevant, la foule s’arrêta un instant et se mit à m’acclamer pendant plusieurs minutes, deux platines et une table de mixage de la marque Pioneer me faisait face, une profonde incompréhension devait probablement se lire dans mon visage, la platine indiquait qu’il restait moins d’une minute avant la fin du morceau. C’est donc ainsi et dans la confusion la plus totale que commença ma résidence dans le club mythique du Berghain.

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