Ouf : le Loud & Proud n’est pas destiné qu’aux homos, trans ou bisexuels

MUSIQUE – Sur la route des festivals 2015, épisode 2 : LOUD & PROUD (Paris / Juillet)

Cet article s’inscrit dans la série «Sur la route des festivals 2015»

« Démarquez-vous! » crierait le Stéphane Hessel des temps modernes. Il suffit d’observer la multitude d’offres de produits/services à destination des “trentenaires”, des “juifs/cathos/musulmans”, des “jeunes/seniors”, des “sportifs” ou encore des “sans gluten” pour se convaincre que tout être humain normalement constitué entre dans une cible marketing venant l’aider dans l’arbitrage de ses choix de vie, qu’ils soient anodins ou majeurs. Mieux: c’est désormais sous cet unique prisme communautaire que la pensée de beaucoup s’orchestre. Certaines communautés trouvent alors dans cette démarcation ostentatoire, dans cet esprit “fier de nos différences”, une véritable raison d’être et d’expression. Pourtant, cette posture produit souvent un résultat contraire aux attentes puisque celle-ci accouche en réalité d’un renforcement du phénomène contre laquelle elle pense, ou déclare, lutter.

Ceux qui se réclament de la “communauté homosexuelle”, groupe dont on ignore les réelles frontières, ont ainsi depuis longtemps formé ce que l’on pourrait nommer non pas une “conscience de classe”, mais bel et bien une “conscience de cible”, au même titre que de nombreuses autres communautés. Cette essentialisation forcée et assumée de la cause homosexuelle se manifeste alors par une défense non plus exclusive des légitimités citoyennes (égalité de droits, etc.) mais aussi par la promotion d’une manière d’agir et de penser qui lui serait propre. On ne sait pas trop comment, ni pourquoi, mais l’homosexualité est devenue, pour certains, un mode de vie à part entière, se nourrissant principalement de caricatures que beaucoup auraient, il y a quelques décennies, combattues. Tant pis pour la majorité silencieuse des homosexuels se refusant de vivre sous une doctrine faite de revendications contradictoires et absurdes (qui peut sincèrement croire qu’un évènement comme “La marche des fiertés” puisse avoir un impact positif sur l’opinion public ?). Bref, l’homosexualité est devenue un marché comme un autre : urbain, branché et cultivé, l’homosexuel new wave comme le désigne les medias est l’archétype du consommateur contemporain.

C’est dans ce contexte que les évènements estampillés “queer” se sont multipliés. Le Loud & Proud, qui eut lieu à la Gaîté Lyrique (Paris) au début du mois, s’inscrit clairement dans cette tendance. Se proposant de “redonner la priorité aux corps et aux identités négligées et invisibilisées (sic) par l’industrie musicale”, le Loud & Proud cherche “à questionner la représentation des minorités sexuelles sur les scènes françaises”. Des propos qui nous feraient presque croire que les homosexuels possèdent des goûts musicaux propres et/ou que des musiques sont naturellement destinées à des personnes dont les pratiques sexuelles sont identifiées comme “homosexuelles”. A noter que le festival ne se limite pas à la sphère musicale, puisque des ateliers, projections et autres débats eurent aussi lieu à Paris, Nantes et Lyon.

Le hall de la Gaîté Lyrique. Photo via Gaëlle Matata / Gaweb.
Le hall de la Gaîté Lyrique. Crédit photo : Gaëlle Matata / Gaweb.

Au-delà de ses considérations politiques, le festival Loud & Proud eut le mérite d’attirer une flopée particulièrement intéressante d’artistes, principalement issus de la scène electro-pop indé internationale. La grande salle de concert de la Gaîté Lyrique (lieu exceptionnel s’il en est), décorée pour l’occasion (boules disco, miroirs…), se prêtait alors parfaitement à cet évènement festif et édulcoré. Une salle pleine à craquer où les festivaliers ont su jouer de leurs coudes au rythme des productions frénétiques que les artistes du soir ont enchaînées sans interruption.

Ce soir là, vendredi 3 juillet, se produisent notamment l’américain Perfume Genius et le groupe canadien Austra. A la limite de l’agonie, le premier cité offre au public une prestation d’une énergie assez folle, criant dans son micro – que l’on plaint – comme un boxeur attaque son sac de frappes. Une performance digne d’une fin du monde, où beats lacérés et synthés agonisants répondent de manière molle aux cris de désespoir de l’androgyne Mike Hadreas. Déjà, la prestation est finie ; Nicolas Maalouly, sorte de MC folklorique, apparaît sur scène, vêtu de talons aiguilles et de boucles d’oreilles. “Ceci n’est pas un déguisement, c’est une tenue” assure-t-il d’un ton autant amusé qu’assuré avant d’enchaîner avec une citation de Dalida :

“N’oubliez jamais qu’il faut rire et danser quand s’arrêtent les violons”.

La foule est conquise, prête à accueillir Austra, assurément le groupe vedette de la soirée.

L’arrivée sur scène de Katie Selmanis, chanteuse d’Austra, fait effectivement rugir la salle. Rapidement, les premiers beats résonnent et font jaillir de nulle part un intense jeu de lumières. L’ambiance produite par la pop colorée d’Austra contraste ainsi radicalement avec les productions nébuleuses de Perfume Genius. Auteur de trois albums remarqués, le groupe canadien enchaîne les titres avec une assurance certaine ; il faut dire qu’il agit en terrain conquis : pratiquement tous les morceaux sont chantonnés par une horde d’admirateurs de la première heure.

Point d’orgue du concert, le titre Lose It, premier véritable succès d’Austra, permet aux artistes et au public de partager un moment de communion dingue. La voix sublime de Katie Selmanis ayant une grande part de responsabilité dans cet état de fait.

Entre deux morceaux pourtant, la chanteuse avoue l’inavouable :

“I know it’s a queer festival but it’s not my style, sorry”.

Le public, composé de nombreux couples homosexuels, semble accueillir la nouvelle froidement mais cela ne suffit pas à calmer ses ardeurs. Après ce court interlude, la musique continue, les cris et applaudissements avec. Et c’est bien cette image que l’on gardera en mémoire de cette soirée colorée.

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