L’abstention, sinon rien

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Ainsi certains députés veulent rendre le vote obligatoire, comme cela se fait notamment en Australie ou en Belgique. La volonté d’asseoir un peu plus la suprématie du pouvoir des élites sur celui du peuple, condamné à désigner des maîtres qui n’ont que faire de ses réelles préoccupations, n’a donc pas de limites. Derrière l’absurdité d’une telle idée se cache surtout le malaise de celui dont le Pouvoir est remis en cause par les fondements-même de sa mise en œuvre, puisque la légitimité des gouverneurs ne repose qu’en le nombre de bulletins de vote à leurs noms déposé dans l’urne par le citoyen. Et c’est justement parce que l’abstention est devenue l’ennemi public numéro un du politique que celle-ci porte en elle tous les ingrédients de l’engagement politique. Pas de vote, pas de légitimité, et donc, pas de Pouvoir.

La question n’est donc pas pourquoi l’abstention, mais bel et bien pourquoi le vote, étant donné que la source de la contestation – à savoir le pouvoir politique – en est l’héritier direct. Jadis, pour beaucoup, élection rimait avec espérance. Las, c’est bien l’odeur de la résignation qui aujourd’hui flotte dans l’atmosphère suffocante. Difficile en effet de ne pas sombrer dans une forme légitime de pessimisme, tant on ne peut que constater les dysfonctionnements actuels de notre système démocratique. L’UMP et le PS partagent consciemment un même programme, tandis que les extrêmes surfent sur un programme riche en propositions farfelues. Aussi, comment ne pas évoquer le profond problème existentiel que soulèvent la mise en place de pouvoirs dits “supranationaux”, dont les instances, aux aspirations parfois (pour ne pas dire souvent) contradictoires avec celles des électeurs, rédigent et votent certaines de nos lois les plus importantes. Et quand on constate qu’en Grèce, un parti d’extrême gauche fraîchement élu ne peut pratiquer la politique promise à ses électeurs en raison de pressions internationales, difficile de nier que c’est la notion même de démocratie qui est ici mise à mal. Notre système actuel possède bel et bien toutes les caractéristiques d’un système totalitaire où l’ensemble des pouvoirs est régi par une poignée de maîtres, désignés ou non par un acte de citoyenneté.

Ainsi, être abstentionniste, c’est ne pas être complice de ce système tenu d’une main de fer par un pouvoir politico-économique centralisé. Ces gens-là ne parlent pas en mon nom. Être abstentionniste, c’est refuser la prise en otage du vote par nos dirigeants, qui considèrent ce droit fondamental comme un moyen de “barrer la route au Front National”. Être abstentionniste, c’est refuser la conception contemporaine de “vote utile” ou de “vote barrage”. Je ne voterai jamais contre un candidat ou un parti car le vote n’est pas un objet que l’on peut travestir au gré des situations. Le vote est et doit rester l’expression d’un attachement à une idée, une utopie, une espérance.

L’abstentionnisme ne constitue donc pas le boycotte du droit de vote, mais bien le boycotte de l’offre politique. La nuance est importante, et tant que le vote blanc ne sera pas pris en compte dans les résultats des élections, c’est bien par l’abstention que la résistance s’exprimera. L’abstention est un acte politique comme un autre. La révolte sera intellectuelle ou ne sera pas.

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