Pourquoi le nouveau Stade Vélodrome est raté

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CARTON ROUGE – Esthétiquement décevant, coût astronomique, couacs multiples : le nouveau Stade Vélodrome de Marseille peine à convaincre.

« Enfin ! » peut s’exclamer le supporteur marseillais : après trois saisons de travaux, pendant lesquelles l’Olympique de Marseille a joué ses matchs dans un stade en chantier au milieu des grues et des décombres, le nouveau Vélodrome est enfin terminé, inauguré, et pourra être pleinement exploité pour l’Euro 2016, organisé en France. Au programme : 7000 places supplémentaires (pour un total de 67 000 sièges, plus grand stade du pays après le Stade de France) une nouvelle armature permettant de couvrir l’ensemble des emplacements de l’enceinte (seule une tribune, la tribune Jean Bouin, était auparavant couverte, une exception parmi les clubs de l’élite française), un environnement totalement repensé (des nouveaux commerces, hôtels et autres logements entoureront le stade) et divers nouveaux services dits « innovants » (connexions wifi, écrans géants, etc.).

Sur le papier, difficile d’émettre ne serait-ce qu’une objection aux intentions du projet, tant celui-ci semblait répondre aux exigences que l’on est en droit d’attendre d’un chantier d’une telle ampleur. Surtout, l’ancien stade Vélodrome, avec ses tribunes non couvertes et exagérément inclinées, offrait au spectateur une expérience parfois abominable, notamment les soirs de pluie et/ou de mistral. Ce nouveau stade Vélodrome, attendu depuis de nombreuses années, avait ainsi tout de quoi satisfaire le supporteur : en plus de le couvrir de la pluie, la gigantesque nouvelle toiture offre une résonnance totalement inédite à ses chants, démultipliant l’ambiance, déjà très chaude, d’un match. Et pourtant.

Esthétiquement, une réalité à des années lumières de la promesse

Commençons par le commencement : ce nouveau stade Vélodrome est esthétiquement raté, que ce soit de l’extérieur ou de l’intérieur.

Colossale, sa nouvelle toiture ne s’intègre que peu dans le paysage urbain de la ville et de son quartier. Pis : celle-ci est tellement volumineuse qu’elle écrase de sa proéminence l’ensemble du paysage marseillais. Visible depuis certains points de vue de la Pointe Rouge (voire de Montredon), quartier marseillais situé à plusieurs kilomètres du stade, ou encore depuis les points les plus éloignés de Sainte-Marguerite, sa toiture blanchâtre enlaidit clairement le panorama par son manque évident de finesse et d’élégance. De plus, rien ne nous permet d’affirmer que cette toiture (qui est en réalité une toile aux attributs particuliers) conserva pour toujours ce blanc éclatant, dans une région soumise à de fortes rafales de vent et à des précipitions rares, mais généralement intenses. Seul l’avenir nous le dira.

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Crédit photo © MAXPPP / La Provence

Aux abords du stade, le constat n’est guère plus engageant : la nouvelle toiture est si imposante que le Vélodrome paraît écrasé, pour ne pas dire difforme. Rappelons tout-de-même que le nouveau stade est le produit d’une rénovation, ce qui a évidemment posé de multiples contraintes et limité les possibilités, notamment vis-à-vis des dimensions – sa largeur reste identique, contrairement à sa hauteur, d’où cette sensation de distorsion ; il n’empêche que le résultat reste peu convaincant.

De plus, difficile de ne pas constater que les différents matériaux qui composent l’extérieur du nouveau Vélodrome souffrent d’un manque évident d’harmonie : la toiture blanche cohabite avec des murs de béton grisâtre, sans aucun effort d’assortiment, ce qui donne une désagréable sensation d’inachevé.

Enfin, pour en finir avec l’aspect extérieur, comment ne pas souligner sa déception quant au fameux éclairage nocturne de la toiture, caractéristique particulièrement mise en avant dans les différentes photos/vidéos du projet ? Si les effets de lumière sont heureusement bel et bien au rendez-vous, ces derniers font pâle figure en comparaison des rendus annoncés : alors que la toiture devait s’éclairer de manière totalement uniforme, l’éclairage souffre finalement de l’ombrage affreux de la charpente. Difficile aussi de ne pas remarquer que la toiture ne s’éclaire non pas totalement, comme l’avaient montré les rendus, mais bien partiellement, avec des tonalités inégales entre ses différentes régions.

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La promesse : un éclairage flamboyant, parfaitement réparti sur l’ensemble de la toiture. Charpente non visible.
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La réalité : un éclairage inégal et une toiture quadrillée par une charpente extrêmement visible. Crédit photo © Philippe Laurenson.

Et l’intérieur du stade dans tout ça ? Le constat est encore plus navrant. Oubliez la charpente blanche, visible dans les médias d’annonce, s’intégrant parfaitement avec la toiture : la charpente du nouveau stade Vélodrome restera grise, affreusement grise, condamnant le stade à donner l’impression de rester en éternels travaux. Les multiples poutres et autres poteaux quadrillent la toiture et assombrissent clairement l’espace ? Tant pis, cela a permis de faire des économies.

Et où sont passés les sièges bleus, répondant au blanc de la toiture et rappelant au passage les couleurs du club ? Là encore, une promesse abandonnée : les sièges resteront tous blancs, hormis évidemment ceux servant à l’inscription « MARSEILLE » de la tribune Ganay. Tant pis si l’ensemble est froid, clinique et désincarné : cela a aussi vraisemblablement permis de réaliser des économies. À noter que l’ancien stade disposait de sièges bleus et blancs (voir cette photo) ; sur ce point particulier, le nouveau stade est donc une régression.

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La promesse : une charpente blanche, intégrée à la toiture. Des sièges bleus ; un résultat du plus bel effet.
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La réalité : une toiture balafrée par une charpente grise étouffante. Des sièges blancs. Une inscription « MARSEILLE » vulgaire.

Concernant la couleur des sièges et de la charpente, une pétition avait était lancée fin 2012, toujours accessible à cette adresse. Une pétition sans conséquence, malheureusement.

Une perte d’identité pour le club et la ville

Le stade d’un club de foot fait évidemment partie intégrante de son identité, au même titre que le maillot, les couleurs ou le logo. Las, aujourd’hui, l’identité des différents clubs européens, auparavant portée par des valeurs autant sportives que morales, s’efface au profit d’une uniformisation globale de leur mode de fonctionnement – souvenons-nous qu’il y a encore peu de temps, le FC Barcelone n’arborait aucun sponsor sur son maillot, si ce n’est celui de l’équipementier ; une époque  bien lointaine. Si la tendance veut que les stades italiens ressemblent de plus en plus aux stades allemands, qui eux-mêmes ressemblent de plus en plus aux stades anglais, cela n’a pas toujours été le cas.

En dehors de tout jugement esthétique, l’ancien stade Vélodrome, ouvert sur le monde, possédait un véritable cachet : c’était un stade du Sud, non totalement couvert, comme on peut aujourd’hui encore en voir en Espagne (le Nou Camp de Barcelone notamment, mais plus pour longtemps), en Italie, en Turquie ou encore au Maghreb. Avec son nouveau stade d’une froideur extrême, l’Olympique de Marseille, club atypique, rentre peu à peu dans le moule : le nouveau Vélodrome ressemble désormais davantage à un stade allemand qu’à un stade méditerranéen, modèle qui risque de totalement disparaître dans les années à venir. À Nice, qui possède aussi depuis peu un nouveau stade, le constat est d’ailleurs identique. Peu à peu, l’ensemble des stades européens s’harmonise autour d’un unique modèle, celui du stade totalement couvert et aux formes arrondies.

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Le stade ouvert, un modèle en voie de disparition. Ici, le Renzo-Barbera, de Palerme.

Encore plus problématique : le nom du stade. Devant les frais engendrés par de tels travaux, le propriétaire du stade Vélodrome, à savoir la Ville de Marseille, ne ferme plus la porte à un contrat de « naming » passé avec une entreprise, qui consiste à louer le nom du stade pour une période donnée. Une situation déjà courante en Angleterre ou en Allemagne – à titre d’exemples, Arsenal évolue dans « L’Emirates Stadium » (du nom de la compagnie aérienne) et le Bayern Munich dans « L’Allianz Arena » (en référence à la compagnie d’assurances, qui a d’ailleurs offert son nom au nouveau stade de Nice, « L’Allianz Riviera »). Ce genre de contrats peut rapporter jusqu’à plusieurs millions d’euros par an, même si la pratique ne connaît pas encore un grand succès en France (lire cet article des Cahiers du Football sur le sujet). Si le naming du Vélodrome n’est pas encore d’actualité, il y a de grandes chances pour que celui-ci devienne une réalité dans les années à venir : Arema, l’exploitant du Vélodrome, affirme que des pistes sont à l’étude aux Etats-Unis et en Asie.

Ce cher stade Vélodrome : 2 travaux d’envergure en l’espace de 15 ans

Si le nouveau stade Vélodrome tranche radicalement avec l’ancien, il ne faut pas oublier que cet « ancien stade » n’était pas si ancien que ça, puisqu’il était le produit d’importants travaux réalisés en … 1996. Des travaux qui avaient duré 2 ans, se terminant juste à temps pour accueillir les équipes et nombreux spectateurs du Mondial 98. Montant des travaux : 43 millions d’euros HT.

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En 1998, le Maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, inaugurait son premier nouveau stade Vélodrome.

Malgré une importante croissance de sa capacité (passant de 20 000 à 60 000 places), ce nouveau stade avait été jugé très décevant par de nombreux supporteurs, qui l’accusaient, avec sa forme d’éllipse ouverte, de plomber l’ambiance – les cris et chants partaient directement vers le ciel, et souffraient d’une absence totale de résonance.

Un premier échec qui coûte cher aux habitants de l’une des villes les plus endettées de France, puisque, 15 ans plus tard, voilà que le contribuable marseillais repasse à la caisse, la mairie ne pouvant s’empêcher de commander ce « nouveau nouveau stade Vélodrome », en vue de l’Euro 2016. Montant total des nouveaux travaux : 270 millions d’euros, financé par un partenariat privé-public conclu avec Arema, filiale de Bouygues. Concrètement, la Ville de Marseille, qui fait payer la location du stade à l’OM, va devoir verser à Arema la coquette somme de 12 millions d’euros par an pendant près de … 30 ans. Sachant que le stade devrait lui rapporter aux alentours de 7 millions d’euros par an selon Jean-Claude Gaudin (billetterie et location au club comprises), la Ville de Marseille, et donc ses habitants, vont devoir mettre la main à la poche. Une problématique particulièrement embarrassante dans une ville où 28% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Surtout que ce chiffre de 7 millions d’euros de recettes par an est basé sur un scénario où l’OM affiche de bons résultats sportifs ; dans le cas contraire, l’intéressement versé à la Ville par l’OM (intéressement dépendant principalement de la billetterie, elle-même dépendante des résultats sportifs) pourrait considérablement s’amoindrir, et faire du nouveau stade Vélodrome une véritable bombe à retardement.

Un risque que Patrick Kanner, Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, n’a pas oublié de signaler lors de l’inauguration du stade, le 16 octobre dernier :

J’espère que les résultats sportifs pourront équilibrer l’ensemble de ce coût, car il y a une prise de risque financière

Un scénario sportif catastrophe n’est pas si improbable que cela étant donné la durée importante du remboursement (30 ans). L’histoire récente du Mans est là pour nous le rappeler. En 2011, la ville inaugure en grande pompe le nouveau stade de la ville, le MMArena (naming avec la compagnie mancelle MMA), d’une capacité de 25 000 places, où jouera Le Mans FC. Mais, en 2013, le club, plombé par les dettes, est liquidé et relégué en amateur. Aujourd’hui, le MMArena est un stade fantôme (de rares évènements s’y déroulent), et une grande partie des 104 millions investis dans sa construction est payée par les contribuables … pour rien, donc.

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Le MMArena du Mans : un stade vide payé le contribuable.

La Ville du Mans (propriétaire du stade) et Le Mans Stadium (filiale de Vinci Stadium, constructeur et concessionnaire), espèrent toujours une remontée du club dans l’élite pour soulager leurs finances : on croise les doigts pour eux puisque Le Mans FC évolue en CFA 2, plusieurs divisions après la Ligue 1. En attendant, la page « Événements » du site officiel du stade est bien triste.

Tout juste désignée « Capitale Européenne du Sport 2017 », la métropole marseillaise pouvait peut-être investir ailleurs que dans la rénovation pharaonique d’un stade, certes critiquable, mais pourtant parfaitement fonctionnel (l’ancienne capacité de 60 000 places faisait déjà de lui le deuxième stade de l’hexagone, devant les 50 000 places du Parc des Princes de Paris). On peut par exemple proposer aux élus d’investir dans les piscines municipales, dont la gestion à Marseille est catastrophique (lire cet article). Une situation que beaucoup jugent intolérable, surtout pour une ville qui possède le meilleur centre d’entraînement du pays, le Cercle des Nageurs, où évolue, entre autres, Florent Manaudou (le relais français des derniers championnats du monde était d’ailleurs 100% marseillais). Mais la bonne gestion de l’argent public ne semble pas être l’une des priorités des élus locaux, comme nous l’a notamment rappelé le feu d’artifice du 14 juillet 2014, facturé 550 000 euros, l’un des plus chers de France.

67 000 places, vraiment ?

Au-delà des problématiques esthétiques et financières, sachez que le nouveau stade Vélodrome dispose d’un problème de taille : près de 6000 places souffrent d’une mauvaise visibilité. Un fiasco reconnu officiellement par l’OM, qui brade ces places en prévenant l’acheteur de leur visibilité réduite.

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Pourtant, le site Internet du projet annonçait « un stade plus grand, plus confortable pour le plaisir de tous ».

 

Bon, alors, on résume : le nouveau stade Vélodrome est esthétiquement raté, en tout cas bien loin des promesses de 2010. Le nouveau stade Vélodrome coûte cher, très cher à la Ville de Marseille, pourtant fortement endettée et concernée par de nombreux problèmes bien plus urgents que la rénovation d’un stade déjà parfaitement fonctionnel (pauvreté, insécurité, équipements sportifs). Le nouveau stade Vélodrome ne dispose pas des 67 000 places annoncées, mais plutôt de 61 000 vraies places, soit seulement 1 000 de plus que l’ancien, qui ne date que de 15 ans. Question : le contribuable marseillais serait-il pris pour un couillon ? Je crois que l’on connaît la réponse.


Bonus vidéo 1 : Jean-Claude Gaudin s’énerve quand on lui parle de la dette marseillaise lors de l’inauguration du nouveau Vélodrome.


Bonus vidéo 2 : Une inauguration réalisée sans les supporteurs, ce qui a provoqué la colère de René Malleville, ancien vice-président du groupe de supporteurs Les Yankees, et aujourd’hui chroniqueur sur LePhoceen.fr

Une inauguration en bois !

4 Comments

  1. Marc

    15 décembre 2014 20 h 51 min, Répondre

    En plus d’être inutile, ce nouveau stade est un gouffre financier.Rien à ajouter à ce qui est déjà dit ici.Un grand merci pour cet article. Marc

  2. pasdaccord

    22 décembre 2014 19 h 18 min, Répondre

    Je ne pense pas que vous y alliez souvent dans ce stade… Etant un habitué des lieux comme de nombreux supporters marseillais, je peux vous dire qu’au contraire, il est plutôt très réussi et qu’il fait l’unanimité dans les gradins.
    Afin d’étayer un peu plus votre article, vous pourriez faire un petit tour un soir de match et réaliser un petit sondage…
    Je pense que la plupart des utilisateurs du stade, contredirons en bloc votre point de vue.
    Des belles photos du stade, il y en a des tas, plein ou vide, de l’extérieur, de l’intérieur, de l’éclairage… C’est dommage qu’elle n’apparaissent pas dans votre article.

  3. Lucas

    9 mars 2017 11 h 01 min, Répondre

    Article très complet, beau travail. Cependant, je ne suis pas d’accord sur tout, Tout d’abord, le fait que le stade ne se fonde pas avec les autres bâtiments aux alentours, est d’un point de vue touristique, qui nous permet de le remarquer et de se démarquer.
    Ensuite, le blanc et le gris certes il n’est pas tout blanc comme dans le projet, mais ce n’est pas non plus dramatique, le tout fonctionne bien ensemble, et reste une architecture intéressante avec ses courbes.
    Je suis d’accord sur le fait que le gris de la charpente avec la lumière est vraiment horrible par rapport a ce qui était prévu.
    Les sièges également étaient beaucoup mieux sur le projet, et le blanc rend très triste les lieux.
    Et pour finir, je suis d’accord que cela ne ressemble plus trop a un stade du sud du fait qu’il soit de plus en plus couvert, et perd de sa personnalité.
    Mais ils y a une question dont je n’ai pas eu la réponse dans cet article, par rapport aux matériaux utilisés pour la toile qui sert de toit.
    Merci d’avance pour la réponse.

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