La nuit où François Hollande s’est suicidé

palais-de-lelysee

POLITIQUE-FICTION – Récit de cette terrible nuit de septembre où le corps sans vie de François Hollande fut découvert par son plus intime garde du corps.

En cette soirée de septembre, je veillais, comme souvent, à la sécurité du domicile du Président, situé dans le XVème arrondissement de Paris. François Hollande y était entré seul, il y a déjà quelques heures, tenant à la main des dossiers en tous genres. Mon rôle était simple : assis dans le couloir menant à la porte d’entrée de l’appartement, je devais m’assurer que personne, absolument personne, pas même des proches, ne tentait d’y accéder. J’étais, en quelque sorte, le dernier rempart du chef de l’État.

Il devait être aux alentours de minuit quand mon téléphone, situé dans la poche droite de mon pantalon, émit une légère vibration. Celle-ci m’était familière : une petite enveloppe clignotant dans la barre de notifications de mon Blackberry indiquait qu’un message venait de m’être envoyé. Je ne connaissais pas le numéro de l’expéditeur, aucun de mes contacts n’y était rattaché. « Je suis à l’elysee,rejoins moi dans mon bureau, seul.discret.merci.frc ». Un sentiment d’effroi me traversa. Pas de doute : l’Elysée, la marque de politesse, la ponctuation, la signature : il ne pouvait s’agir que du Président. Comme le voulaient les multiples procédures de sécurité, François Hollande utilisait de nombreux téléphones portables et disposait ainsi d’un grand nombre de numéros. Mais, en ma qualité d’officier de sécurité au service de la présidence de la République, et en raison d’un contact direct avec le Président et ses proches, tout ces numéros m’étaient familiers – les connaître par cœur faisait même partie, logiquement, de mes obligations. François Hollande ne pouvait donc pas utiliser un numéro que je ne connaissais pas ; cela relevait de l’impossibilité. Et pourtant.

Je regardai autour de moi. Le couloir, habillé de tapis rouges, aux murs d’un blanc lumineux, était vide. Un silence d’enterrement y régnait. Pour la première fois depuis ma prise de fonction, je tapai à la porte, plusieurs fois. Je tapai, de plus en plus fort. Le bruit lourd du bois et du frottement métallique de la serrure semblait résonner dans l’ensemble de l’immeuble. La porte était fermée à clef. Mon rythme cardiaque s’emballa. Personne ne répondait et, l’oreille collée contre la porte, je ne distinguais aucun bruit dans l’appartement. Devant l’urgence de la situation, j’enfonçai la porte d’un coup de pied violent et pénétrai dans l’appartement en courant vers la chambre où François Hollande avait l’habitude de travailler et dormir. Vide. J’inspectai à la vitesse de l’éclair le reste de l’appartement, la main posée sur le cran de sécurité de mon arme de service. Vide. François Hollande n’était pas là. La fenêtre du salon était ouverte, les rideaux que l’air extérieur faisait frémir l’attester : le Président avait quitté son domicile par la fenêtre, à la manière d’un évadé de prison.

C’est le cœur noué par l’angoisse que je quittai l’appartement en prenant soin de bien refermer la porte. Je dévalai les escaliers de la manière la plus discrète possible, et empruntai une sortie de secours, dérobée, que peu de personnes connaissaient et qui donnait directement accès au garage où mon scooter m’attendait. Je fis tomber mon casque en tentant de l’enfiler rapidement. Les lourdes et interminables résonnances semblaient répondre aux cadences infernales des battements de mon cœur. L’Élysée était situé à une quinzaine de minutes, dix en allant vite, sept en allant vite et en commettant quelques infractions au code de la route. Une éternité.

Naturellement, les rues étaient désertes, la circulation fluide. La tour Eiffel éclairée de milles lumières, le musée d’Orsay endormi, le pont Alexandre III – une corde reliant mon cou à un possible secret d’État : je pus atteindre l’entrée arrière de l’Elysée, située avenue Gabriel, en moins de dix minutes. Paul, tout juste embauché à la garde républicaine, me laissa accéder au jardin d’un sourire complice malgré l’angoisse qui devait transpirer sans retenue sur mon visage. Guidé par les faibles lueurs des lampadaires électriques et la chaleur de cette nuit d’été, j’arrivais enfin devant l’immense porte d’entrée en bois massif du salon doré, le bureau des présidents de la République, qui avait vu naître et mourir tant de secrets et confidences, et dans lequel les plus graves décisions étaient prises au nom de l’ensemble des français. Je tapais à la porte. Personne ne me répondit, alors que je distinguais une lumière à travers les fentes de la porte. Celle-ci n’était pas fermée à clef, et je pus pénétrer le salon de la plus classique des manières, de ce geste suspendu que constitue l’ouverture d’une porte par sa poignée, geste exercé des milliers de fois au cours d’une vie et qui, ce soir-là, allait bouleverser mon existence, et celle d’un pays entier.

Le corps gisait au milieu de la pièce, étendu sur le dos, le profil droit écrasé contre le sol, à proximité d’une immense table où des papiers ainsi qu’un téléphone portable étaient posés. Je pénétrai rapidement dans le salon en dégainant mon 9mm, persuadé qu’il s’agissait d’un assassinat. Mais le lieu était vide. Atrocement vide. François Hollande était mort, je m’en convainquais rapidement en tentant de le réanimer, et en mesurant son pouls à plusieurs endroits, à plusieurs reprises. En vain. Le costard-cravate qui recouvrait son cadavre ne pouvait rien y faire : l’homme n’était plus qu’une matière inerte, immobile, froide. J’aperçus alors, en m’approchant encore du corps, une boîte vide de Protelos. Une fiole de cognac était renversée près de sa main droite. Un suicide.

Totalement paniqué, je refermai la porte derrière moi en m’assurant que personne ne m’avait remarqué : en ayant fait preuve de la discrétion qu’il m’avait imposée, j’étais devenu malgré moi complice de la mort du Président de la République. S’agissait-il d’une volonté de François Hollande, l’aboutissement d’un projet réfléchi, souhaité, machiavélique ? Je n’osais le penser à la vue de ce corps sans vie, affreusement figé dans le temps. Je dégainai mon téléphone pour avertir les responsables de la garde rapprochée. Leur arrivée n’était qu’une question de minutes, voire de secondes. Je décidai d’attendre dans le couloir, assis face à cette porte, assis face à l’Histoire.

Durant les quelques instants qui me laissèrent en tête-à-tête avec les derniers souffles de la présidence Hollande, mon téléphone ne cessa de faire vibrer la poche de mon pantalon. Je ne pris aucun appel et attendais qu’une chose se passe, juste qu’une chose se passe.

J’entendais déjà les discours d’hommage, ces discours lâches et hypocrites qui vanteraient les qualités humaines d’un président que tout le monde s’accorderait soudainement à désigner de « normal », vivant dans un simple appartement comme des millions de français, et mort dans ce palais aux résonances terriblement symboliques. Le lynchage médiatique continu auquel François Hollande avait eu droit ces derniers jours ne relevait surement pas d’une chose naturellement encaissable pour un être humain, surtout quand celui-ci est obsédé par sa côte de popularité, selon les dires d’anciens proches. La politique avait fait et défait François Hollande. Sa volonté secrète de mourir à l’Élysée ne constituait, évidemment, pas une coïncidence.

Je discernai alors, au loin, le hurlement des sirènes. Aucune lettre de François Hollande pouvant justifier son acte n’avait été, officiellement, trouvée.

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