Le TomorrowLand est le pire festival du monde

SUR LA ROUTE DES FESTIVALS – Durant tout l’été, on vous raconte nos expériences sur des festivals emblématiques d’Europe. Premier épisode avec le pire festival du monde : le TomorrowLand, qui a lieu chaque année au mois de juillet en Belgique.

Quand on m’a parlé pour la première fois du TomorrowLand, un sentiment de malaise s’empara de moi. « De l’électro qui tabasse », « un festival gé-nial », « du Guetta, du Skrillex, du Steve Aoki », « que des belles filles et des beaux mecs », « de l’alcool qui coule à flots », « de la coke, en veux-tu, en voilà » : telles étaient les expressions utilisées par John, le coloc de mon pote Sacha que je connaissais à peine, pour me décrire « l’événement à faire au moins une fois dans sa vie », selon ses propres dires. John était-il sérieux ? John était-il ironique pour associer les termes « Guetta » et « festival gé-nial » ? Difficile à dire, mais force est de constater que ce jeune courtier d’assurances sut attiser ma curiosité. Sur le coup, quelque peu gêné par ce que je venais d’entendre, je ne savais pas trop quoi répondre. Je n’ai pu sortir qu’un triste « ok ok, ça a l’air cool, ouais ».

Le soir-même, allongé dans mon lit, je décidai de regarder sur mon téléphone portable – un iPhone 3GS vieillissant – une vidéo du TomorrowLand. CETTE VIDEO :

La description de John était donc assez réaliste. Tous les goûts sont dans la nature, jme disais. Jme disais aussi que les miens sont meilleurs que ceux de ce petit con de John, qui avait d’ailleurs oublié de préciser, qu’en plus de la coke et des pétasses, il y avait aussi des petits papillons au TomorrowLand (la preuve à 2mn50). J’avais perdu assez de temps comme ça et, après avoir supprimer l’historique de Google Chrome, je m’endormis en pensant à la réunion de merde qui m’attendait le lendemain au boulot.

Le lendemain matin, alors que finissais un paquet de Cracotte devant la TV en me préparant, je reçus un SMS de Sacha. « On a reparlé avec John du TomorrowLand et on s’est dit que ça serait cool d’y aller cette année ! On peut avoir des places gratis grâce à son père qui connaît un mec qui bosse dans l’évènementiel. Son père nous prêterait sa caisse aussi ». L’argumentaire de Sacha était tout aussi pourri que celui de John la veille, mais jme disais que ce serait, après tout, une expérience plutôt amusante. Être entouré de tous ces beaufs qui écoutent de la tek issue de la pire musique des années 90, ça n’arrive pas tous les jours. Je pensais aussi : « boah, j’ai encore des préjugés de merde, c’est peut-être pas si nul ». Télématin diffusait à ce moment un reportage sur des créateurs de maillot de bain de luxe. Je confirmais à Sacha ma venue par un « Ok, ça me va ».

tomorrowLand-iphoneLe rendez-vous fut donné devant le cinéma MK2 Nation. Short, Stan Smith, tee-shirt C&A, lunettes de soleil imitation Wayfarer : telle était ma tunique pour le TomorrowLand. Je tenais aussi à la main un sweat à capuche GAP crado, qui me servait de pijama l’hiver, comme l’attestaient ses nombreuses tâches de lait et de confiture de fraises. J’attendais devant un kioske à journaux quand je vis arriver, au loin sur le boulevard Diderot, la Mini One Countryman du père de John. Elle était d’un noir métallisé magnifique et arborait des finitions chromées du plus bel effet. 5 portes, pratique pour monter sans déranger les occupants.

John conduisait, Sacha était derrière lui. A mon grand étonnement, une certaine Lara était de la partie ; personne ne m’avait prévenu de sa présence. Une brune mince à la peau claire, et aux goûts vestimentaires objectivement pas terribles : chapeau de paille « Havana Club » sur la tête, RayBan Aviator avec verres effet miroir sur le nez, débardeur vert pomme sans prétention. Je ne voyais pas ses jambes, jmen foutais. Lara était une amie de John, ils s’étaient rencontrés au lycée, en 1ere S2 exactement. Elle occupait la place du mort, je m’assaillai derrière elle et constatai que l’habitacle était des plus confortables. Voilà comment les riches claquent leur fric : dans des bagnoles aux finitions chromées et à l’habitacle confortable, jme disais.

Le voyage fut un calvaire de tous les instants. Un ENFER. Déjà, il y avait la playlist que Lara avait préparé chez elle. Tiesto, The Toxic Avengers, Bob Sinclar… tous les plus grands dingos du moment étaient réunis sur la clef USB 16GO « Mickey » de Lara.

La vie ne tient parfois qu’à un éternuement dans un virage serré.

A chaque changement de morceau, de petites diodes vertes situées dans les oreilles de Mickey clignotaient. En plus d’être sonore, la pollution était donc visuelle ; de quoi provoquer un terrible mal de tête, et j’avais pas pensé à prendre des dolips’, et j’avais pas envie d’en demander à cette pouf de Lara qui, elle, avait dû penser à prendre des dolips’.

Ensuite, il y avait John, et sa conduite superficiellement sportive. Clairement, il souhaitait impressionner ses passagers, mais ça ne marchait que moyennement, puisque tout le monde se foutait de la manière dont il dirigeait son bolide. Je sentais qu’il voulait baiser Lara tant il n’arrêtait pas de la taquiner avec tact, et elle aimait ça la garce. Jme demandais s’ils avaient déjà couché ensemble ; c’était fort possible, mais il y avait dans le comportement de ces deux animaux sauvages une certaine retenue, une sorte de galanterie qui suggérait que leurs corps ne s’étaient encore jamais emboités. Ils s’étaient peut-être déjà tripotés rapidement en fin de soirée, jme disais.

Les conversations étaient d’une platitude terrible. John parlait sports et Formule 1, c’était son dada, mais la conversation tournait court puisque personne ne partageait ses passions. Sacha, curieux et d’une grande culture générale, tentait de lancer des sujets classiques de conversation, mais tout aussi ennuyeux, comme les polémiques du moment qui secouaient le débat public. Alors que nous parlions du nombre décroissant de morts sur les routes françaises, Lara osa se lancer dans une approche existentielle du sujet : « vous vous rendez compte, il suffit d’être dans un virage serré comme il existe sur certaines autoroutes, et d’éternuer juste à ce moment là pour perdre le contrôle de sa bagnole et s’exploser contre la rambarde de sécurité. La vie ne tient parfois qu’à un éternuement dans un virage serré ». Je commençais à avoir soif.

Nous arrivions enfin sur les lieux du TomorrowLand, après de longues heures de route, trois pauses pipi, et plusieurs conversations futiles. Le parking était plein à craquer, les rues qui le bordaient aussi, et on dut tourner trois fois aux mêmes endroits avant de se décider à garer la caisse n’importe comment, entre deux misérables arbres, à une vingtaine de minutes de marche de l’entrée du festival. Par chance, il faisait beau.

John et Lara étaient « bouillants », ils le disaient eux-mêmes. Ils avaient rempli le coffre de la caisse d’alcools de merde, vodka et rhum agricole premier prix. J’aperçus un pack de H, 6x33cl, et je tirais 2 bouteilles que j’ouvris avec le manche d’une fourchette trainant dans le coffre. Les bières étaient chaudes, ces cons n’avaient même pas pensé à les foutre dans un sac isotherme ou, mieux, dans une glacière. Mais j’avais soif, et je bus les deux bouteilles d’un trait. Mes trois compères se mirent à tiser à l’arrache, comme des clodos, mais des clodos qui viennent de sortir d’une Mini One Countryman à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Je me mis à boire avec eux, et c’était mauvais. Des djeunes passaient à quelques mètres de nous – ils avaient tous la même gueule de con – et nous regardaient avec fureur ; visiblement, ils étaient « bouillants » eux-aussi. Au loin, une musique frénétique se faisait entendre avec une étonnante précision.

Lara voulait entrer dans les lieux du festival avec sa bouteille de Starogardzka dégueulasse. Je tentai de lui expliquer que cela n’allait pas être possible mais elle ne voulait rien entendre ; la conne était déjà bourrée, comme le prouvait sa démarche hasardeuse – elle en profitait pour se tenir aux épaules musclées de John, qui portait un Marcel blanc objectivement affreux. De mon côté, le mélange rhum-vodka-bière commençait à faire des remous dans mon bide ; mais c’était cool, jme sentais bien. Après de longues minutes de marche, nous parvenions à l’entrée du Festival, visuellement époustouflante et, comme prévu, Lara dut jeter sa Starogardzka pour pénétrer dans l’arène démesurée du TomorrowLand. La fête pouvait enfin débuter.

tomorrowLand02

Les différentes vidéos du Festival disaient vrai : au TomorrowLand, tout est IMMENSE. Les scènes sont tellement gigantesques que même le DJ – ou plutôt le mec qui fait danser des milliers de personnes en appuyant sur quatre boutons – paraît ridicule. Aux platines, au loin, un suédois inconnu levait les bras en l’air comme s’il s’agissait d’une chorégraphie. Les gens, déjà bourrés pour la plupart, semblaient satisfaits de sa prestation scénique. Lara bougeait telle une antilope, elle dansait bien, John tournait autour d’elle, et Sacha discutait avec une fille, mignonne mais sans plus. Je vérifiais mes fonds de poches, j’avais quelques pièces. Je décidais d’aller m’acheter une pinte.

Le bar était pris d’assaut. Une brune à la peau mate, genre bimbo NRJ 12, est venue me demander ce que je comptais consommer.

« Une pinte, et toi ?
–   Un mojito, mais j’ai plus d’argent.
–   Moi non plus j’ai plus d’argent »
J’ai payé ma bière, et jsuis allé faire un tour.

Je regardais ces salopes en me demandant ce qu’aurait pensé Jean-Jacques Rousseau d’un tel spectacle.

Autour de moi était réunie cette jeunesse héritière des plus bas instincts de l’homme moderne, cette jeunesse éduquée à la télé réalité, au porno et à la vodka-redbull. Je me sentais tel un ver de terre dans une cage aux poules shootées à la testostérone. Sur ma droite, des filles, la vingtaine, se faisaient asperger la poitrine de bière par des gros gars qui avaient passé les 6 derniers mois dans une salle de muscu. Je regardais ces salopes en me demandant ce qu’aurait pensé Jean-Jacques Rousseau d’un tel spectacle. « La preuve que j’avais raison en disant que l’homme naît naturellement bon, et que c’est la société qui le perverti » qu’il m’aurait dit, certainement. Lassé par ma balade, je rejoignais mes comparses qui étaient toujours au même endroit à se déhancher tels des tox.

Un DJ qui portait une casquette avait remplacé le DJ suédois, mais la musique, elle, n’avait pas changé. Boum boum boum bip bip bip. C’était chiant. Et ça a duré comme ça plusieurs heures. Plusieurs heures ponctuées par les vomissements de filles gringalettes et la rencontre de mecs crasseux venant nous proposer de la MD crasseuse.

David Guetta sut transformer sa seule présence en événement dans l’événement. Un Dieu devant ses disciples.

Il y avait aussi beaucoup de mecs bourrés criants « oooooo c’est bon çaaaa », alors qu’il ne se passait rien de spécial. Jme souviens d’une jeune fille, 18 ans tout au plus, criant « David Guetta va pas tarder à arriver !!! » avec une joie incommensurée, cette même joie qui dut l’animer lorsqu’elle décrocha son brevet des collèges de justesse. Lara, Sacha et John dansèrent toute la nuit. Je fis de même, en me forçant un peu. J’allais m’acheter des pintes, de temps à autre, grâce au billet de 50 euros que John m’avait filé pour lui acheter un « truc », comme il m’avait dit.

Nous décidions de dormir dans la caisse. Lara était littéralement déchirée et, sur le chemin menant à la Mini One Countryman, John manqua de se battre avec un mec louche, la trentaine, vêtu lui aussi d’un Marcel blanc – il fallait croire que c’était la mode. L’embrouille ne dura que quelques secondes et s’arrêta comme elle s’était déclenchée : sans qu’on sache vraiment pourquoi, ni comment.

Dans la voiture, sur l’autoroute A1, je repensai à ce triste séjour belge et tentai d’en établir un bilan. Sans aucune contestation possible, le seul moment sociologiquement intéressant du festival fut l’arrivée fracassante de David Guetta aux platines. Tel un prophète armé de ses longues mèches grasses, David Guetta sut transformer sa seule présence en événement dans l’événement. Sa gueule, sa musique, ses interventions : David Guetta était un tout, un produit parfait qui parvenait à soulever des foules simplement en levant les bras en l’air. Oui, David Guetta était un Dieu, un Dieu aux disciples aveugles : voilà ce que ce spectacle pathétique m’avait inspiré.

Une fois sur Paris, après avoir quitté mes compagnons de route, je suis allé au Monop’ acheter deux Heineken 33cl fraîches, à 3,5 euros pièce. Une pour moi, et une pour Fredo, le clochard qui avait élu domicile devant l’enseigne, au 71 Rue de Bagnolet. Comme je lui donnais la boisson, un sourire sincère se dessina sur son visage ridé, cramé par le soleil. J’avais envie de pisser.

10 Comments

  1. Antoine

    8 novembre 2014 16 h 29 min, Répondre

    Je vomis ce festival tout comme toi.
    Je me vois penser la même chose quand mes potes sortent l’aftermovie de l’évènement en soirée.
    Par contre, je te propose d’essayer Dour, festival belge avec des artistes et des gens de bon goût.

    • Theau

      11 mai 2015 20 h 13 min, Répondre

      Franchement ouais tu n’aimes pas ce style de musique, c’est ton problème mais ne chie pas dessus connardo. Moi par exemple je peut pas m’enquiller zaz ou tal c’est pour moi impossible a écouter mais je ne vais pas dire que c’est des grosse merdes qui ne savent pas ce que c’est que la musique. Pour ce qui est du festival, eh bien oui c’et grand et alors. Je trouve d’ailleurs plus lamentable la manière dont tu parle de ces « pétasses » qui est encore plus insultante que le fait que tu les trouves trop dévergondées !
      En résumé tu n’aime pas, tu n’aimes pas, mais t’arrêtes de faire le rageux et arrettes surtout de nous emmerder il y a clairement plus intéressant a dire sur ce genre de festival pour moi cet article fais déshonneur aux blogs qui ont pour but de renseigner, et non pas d’être un défouloir.
      En espérant avoir été plus constructif que toi.
      je te dis salut l’ami 😉
      et bon courage sur les internets qui sont plus vaste (et plus porno) que tomorrowland et que tu a l’air pourtant d’apprécier
      Aurevoir

  2. David

    22 mai 2015 14 h 36 min, Répondre

    Comme je partage ton point de vue. C’est déjà assez courageux de ta part d’avoir mis les pieds dans ce festival de merde.

  3. JEAN PIERRE

    11 juin 2015 10 h 14 min, Répondre

    Bonsoir, je trouve que tu es arrogant, j’écoute aussi Rousseau et des fois c’est bien? Allez, Tomorro w land c’est de la merde, véridique, mais quand même tu m’as l’air un peu pédé.

  4. Guy

    8 février 2016 19 h 08 min, Répondre

    Je cite : « Jme souviens d’une jeune fille, 18 ans tout au plus, criant « David Guetta va pas tarder à arriver !!! » avec une joie incommensurée, cette même joie qui dut l’animer lorsqu’elle décrocha son brevet des collèges de justesse »
    comment peut tu critiquer les gens a ce point la ? Ta de la haine en toi ou quoi ?
    Si elle aime David Guetta , qu’est ce que tu lui repproche ? et toi ta jamais eu 18ans ? pourquoi tu critique TOUT LE MONDE comme sa ? si tu voulais pas y aller tu avais qu’a pas y aller , ce fameux John que tu critique enormement ta quand même passer une place gratuit pour aller a Tomorroland !
    Les gens comme toi m’énerve à critiquer tout et tout le monde tout le temps !

    • Manon

      10 avril 2016 17 h 12 min, Répondre

      Je suis tout à fait d’accord. Je ne comprends pas cette haine du genre humain… Les goûts les couleurs… Si dans ce monde ravagée par la colère certains peuvent prendre plaisir à rêver dans ce genre d’événement, tant mieux pour eux !

  5. Ana

    20 juillet 2016 23 h 45 min, Répondre

    Bonsoir ! Ok peut etre dans le regarde des quelques gens ce festival n’a aucun intérêts ! Très bien ! On a tous le droit d’avoir des goût différents ! Mais je suis sure que il y a plus des gens qui te déteste que des gens qui déteste ce festival ! Tu t’es cru ou ? Tu essaie d’écrire à la manière d’un auteur( autiste ) mais désolé tu n’as pas l’intelligence ni les capacités ! Tu nous raconte ta vie comme si on avait quelque chose à faire ! Que tes amis sont de la merde ; nous on s’en fou , on voulait juste un avis ! Pas savoir quand est ce que , dans la journée , tu as eu envie de pisser !
    Mais observation , la prochaine fois pense à te prendre ton propre alcool et ta propre glacière et tes sous putain de radin! Bisous avec amour !

  6. John RATIGNIER

    22 juillet 2016 23 h 21 min, Répondre

    J’adore ce style de musique et je rêve d’aller dans ce festival. Je trouve ton discours très méprisant (meme si c’est un peu vrai) et tu as tout à fait le droit de ne pas partager cet état d’esprit et ce genre musical sans pour autant vomir dessus.
    Par contre j’adore ton style d’écriture, et ça m’a fait mourir de rire, j’espère que il y aura d’autres histoires. Je ne t’en veux donc pas…

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