J’ai 27 ans et je n’ai pas Facebook

Aujourd’hui, vivre sans Facebook, c’est un peu comme vivre sans électricité.

C’est une situation que les moins de 40 ans ne pourront pas comprendre, ni expliquer. Nous sommes en 2014, je suis âgé de 27 ans, et je n’ai pas de compte Facebook. Vous avez bien lu. Je vis sans Facebook. Et le pire dans tout ça, c’est que je suis heureux.

Pourtant, je ne suis pas une personne vivant dans un coin reclus de l’hexagone. Je suis un pur citadin, qui a connu l’ADSL en 2003. Je me suis dépucelé à 14 ans avec une fille de mon collège qui était OK. J’ai un smartphone, j’envisage d’acheter un iPad et j’aime bien les nouvelles technologies.

Tous mes amis, sans exception, ont un compte Facebook. Je dirais même que 95% des personnes âgées de moins de 40 ans que je côtoie régulièrement en ont un. Même mes parents y songent, pour « partager leurs photos de voyages avec leurs amis, car c’est plus facile que d’envoyer un email ».

Si le nombre de likes récolté sur une photo de votre gueule a une influence sur votre bien-être, je ne peux plus rien faire pour vous.

Si je ne suis pas inscrit sur Facebook, c’est juste que je n’en aie pas besoin. Je ne fais pas partie de vos délires d’ados attardés que sont les « likes », les « events Facebook » ou les « groupes Facebook ». Vous souhaitez me contacter ? Vous avez mon email, ou mon numéro de téléphone – si vous n’avez ni l’un, ni l’autre, et que vous ne connaissez personne pouvant vous les communiquer, c’est que nous sommes des inconnus et que nous n’avons rien à nous dire, alors restez en dehors de ma vie.

De même, je n’ai pas besoin de publier, tous les deux jours (ou toutes les deux heures pour certains), une nouvelle photo de profil me représentant d’une manière que je trouve cool. Là encore, ce délire narcissique est digne d’un enfant de 12 ans atteint de sérieux problèmes mentaux – problèmes mentaux dont le principal symptôme est une avalanche de publications de selfies dégueulasses. Si le nombre de likes récolté sur une photo de votre gueule a une influence sur votre bien-être, je ne peux plus rien faire pour vous. Vous n’êtes pas top-model, vous ne le serez jamais, donc arrêtez de publier des photos faussement prises au dépourvu de votre personne. TRISTESSE.

L’une des activités les plus détestables sur Facebook est, sans aucune contestation possible, la publication d’un « Joyeux anniversaire » sur le mur d’une personne dont, justement, c’est l’anniversaire. Toute une flopée de commentaires plus banals les uns que les autres, agrémentés d’un « J’aime » de la personne recevant le petit mot. Il n’y a rien de plus désastreux que de voir des humains, alors devenus des robots, publier de tels messages car Facebook les en a notifiés.
Et le pire dans tout ça, c’est que la personne est heureuse de recevoir des « Joyeux anniversaire :)))) », des « Bon annif mon poulet ^^ », voire des « joyeu aniv meme si on se coné pas lool », de gens dont elle a rien à foutre, puisque 90% de celles-ci ne font pas partie de sa vie réelle. TRISTESSE.

Quelques amis ont essayé de suivre mon exemple en supprimant leur compte Facebook. Ils trouvaient, à juste titre, qu’ils passaient trop de temps sur ce site abrutissant, à regarder des photos de merde, à commenter des statuts de merde. Malheureusement, ils n’ont tenu que quelques semaines, quelques mois pour les meilleurs. La pression sociale était trop forte, leurs besoins de likes étaient trop forts. Ils ont craqué. Pas moi. Je résiste. Et je résisterai encore demain.

Sachez que ne pas avoir de compte Facebook vous expose à de grands moments de solitude, notamment en soirée. Chez une amie d’enfance qui organisait un truc un soir d’été, j’ai rencontré un mec que je jugeais alors cool, dans le pur style beau gosse négligé. Nous avons parlé new wave, guerre en Irak, nouvel Hollywood. La conversation était fluide. Mais quand il m’a demandé, « vas-y balance ton Facebook », et que je lui ai répondu, « j’ai pas Facebook », le courant ne passait soudainement plus. Il a d’abord cru à une blague de beauf mais, devant la persistance de mon « j’ai pas Facebook », il a finalement décidé d’accepter l’inacceptable. Le malaise était palpable sur son visage décomposé, dont l’expression traduisait un réel dégoût de ma personne – cette même expression que vous avez en croisant un SDF en train de vomir à un mètre de vous. Et c’est là que j’ai compris une terrible réalité de notre époque : ne pas avoir de compte Facebook est désormais perçu comme être dérangé mentalement. Vous êtes anormal, vous n’êtes pas comme tout le monde. Si vous n’êtes pas sur Facebook, c’est que vous ne devez pas avoir d’amis. Et si vous n’avez pas d’amis, c’est que vous êtes louche, et donc infréquentable. BONHEUR !

3 Comments

  1. Jean FUCHS

    7 décembre 2016 16 h 58 min, Répondre

    Bravo!
    J’ai 70 ans et comme toi je n’ai pas facebook non plus. Pire: je n’ai plus de télé depuis l’âge de 35 ans (soit 35 ans!) et ça ne me manque pas du tout. Cela ne m’empêche pas d’avoir des amis, des vrais en chair et en os et qui ont un cerveau compatible et connectable avec le mien.
    Pourtant, comme toi, je suis branché technologies numériques et j’ai même deux sites internet, l’un qui parle musique (accordéon diatonique) et l’autre de philosophie politique:
    http://changer-de-bocal.pagesperso-orange.fr
    Continue à être toi-même longtemps.
    J F

  2. Marie

    3 février 2017 22 h 06 min, Répondre

    Sympa ce billet, je partage ton opinion au sujet de Facebook. Je note cependant que vu le nombre incroyable de détails très précis sur le fonctionnement et les rouages du dit réseau « social », tu as sans conteste déjà eu un compte sur Facebook J’ai supprimé le miens pendant quelques mois, j’y suis revenue et pour finir repartie car le flux de merde qui défilait quotidiennement me brûlait les yeux… Et le pire, c’est que j’étais devenue accro. Désormais, j’emploie ce temps à de vraies lectures. BONHEUR! Ps : Oui c’est quand même hyper chiant de rédiger un sms !

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