« Marine Lepen, la jeunesse t’emmerde »

Mathias est un jeune étudiant que nous avons rencontré à la manifestation organisée à Paris (et dans plusieurs villes françaises) pour protester contre la victoire du Front National aux élections européennes. Il nous explique les raisons de sa venue, son attachement à la France, et sa vision pessimiste de l’avenir.

J’ai 22 ans, je suis étudiant en communication. En 2002, lorsque Jean-Marie Lepen accéda au second tour de l’élection présidentielle, je n’avais que 10 ans et je voyais défiler, à la télévision, des milliers de personnes dans les rues des quatre coins de la France, criant leur colère envers cette France qui vote FN. Aujourd’hui, en mai 2014, au lendemain des élections européennes qui virent triompher le Front National, je me retrouve, à mon tour, dans la rue, à scander des slogans matérialisant mon profond écœurement, ma profonde colère.

Je ne suis adhérent à aucun parti politique, et je ne l’ai jamais été. Je ne suis qu’un simple citoyen s’intéressant de plus ou moins près à la politique et aux propositions que le débat démocratique m’offre ou, plutôt, est censé m’offrir.

Les vrais responsables de la victoire du FN ne sont pas ses électeurs, mais les partis qui se définissent comme « républicains ».

Soyons honnête : en 2012, lorsque j’ai voté pour François Hollande, mon choix s’apparentait plus à un vote contre Nicolas Sarkozy qu’à un vote pour le candidat socialiste – comme énormément de français sans doute. Pour ma première participation à une élection présidentielle, les signes d’une démocratie profondément malade ne parvenant plus à offrir à ses citoyens une offre politique de qualité étaient donc déjà là.

Deux ans de politique inefficace plus tard, la France est malade, asphyxiée, divisée comme jamais. Les indicateurs économiques sont au plus bas (dette, chômage), le vivre-ensemble apparaît de plus en plus comme une chimère, les acquis sociaux qui ont rythmé les décennies précédentes volent désormais en éclat (suppression d’aides sociales, système de retraite et de santé en danger). La mondialisation semble être arrivée trop vite pour une France vieillissante qui ne voit en celle-ci que la cause de nombreux problèmes – délocalisations, perte de souveraineté, crise identitaire.

Au-delà de ces banalités rabâchées à longueur de journée par de nombreux français, c’est surtout le spectacle que nous gratifient les hommes politiques, de droite comme de gauche, qui est alarmant, désespérant, accablant. Plus une semaine ne se passe sans qu’une affaire éclate au grand jour. Nicolas Sarkozy et ses comptes de campagne falsifiés, Jérôme Cahuzac et ses comptes en Suisse, Jean-Vincent Placé et ses 18 000 euros de PV, l’affaire Tapie, l’affaire Guérini, les escroqueries des Balkany … la classe politique française, qui nous dicte chaque jour sa charte de bonne conduite, semble une et indivisible en ce qui concerne les malversations les plus gravissimes.

Pendant ce temps, le peuple s’appauvrit, la France est déclassée, et le FN ramasse à la pelle des citoyens abandonnés et trahis. Les vrais responsables de la victoire du FN ne sont pas ses électeurs, mais bel et bien les partis qui se définissent comme « républicains ».

Dans cette société éclatée, la jeunesse française n’a que peu de repères. Quel monde lui est offert ? Un monde fait de délocalisations, de chômage ? Quelle offre politique concrète lui est proposée ? La jeunesse, dans son ensemble, est désenchantée. Comment expliquer sinon que 86% des jeunes n’aient plus confiance en les politiques (étude Génération quoi ? ) ? Comment expliquer sinon le nombre croissant de jeunes qui s’exilent à l’étranger ? Comment expliquer sinon qu’un tiers des moins de 35 ans qui ont voté aux Européennes l’aient fait en faveur de Marine Lepen ?

Cela s’explique évidemment par la crise politique, sociale et économique que traverse notre pays et dont je viens de présenter les principaux symptômes. Mais ces derniers ne constituent en aucun cas une explication rationnelle du vote FN. S’il faut arrêter de prendre les sympathisants du FN pour des idiots, il est aussi nécessaire d’arrêter de minimiser les raisons de leur adéquation avec les idées d’un parti d’extrême-droite. Le vote FN ne me surprend pas. Il me choque.

Devons-nous rappeler, encore et toujours, les fondements idéologiques nauséabonds sur lesquels repose le Front National ? Devons-nous rappeler que Jean-Marie Lepen, désormais président d’honneur du FN, a qualifié les chambres à gaz de « détail de la seconde guerre mondiale » ? Devons-nous rappeler que le FN compte dans ses rangs de nombreux opportunistes qui n’ont absolument aucune compétence économique, juridique, politique indispensables à l’exercice du pouvoir ? Devons-nous rappeler que de nombreux membres du Front National partagent des opinions ouvertement racistes, comme l’ont montré Anne-Sophie Leclere, Alexandre Gabriac ou encore Pierre Panet ? Et ce n’est pas l’éviction instrumentalisée d’une partie de ses membres gênants qui va nous faire croire que le FN a changé, comme le martèle sans cesse sa présidente.

Pour toutes ces raisons, et parce que j’aime plus que tout la France, ce magnifique pays qui m’a tout donné, je suis allé manifester avec des lycéens et étudiants guidés par un idéal républicain que beaucoup jugent utopiste, mais qui me semble indispensable en ces temps d’urgence citoyenne.

Car le pire, c’est l’indifférence.

Mathias

 

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