Pourquoi Wes Anderson est un cinéaste majeur

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Près de deux mois après sa sortie en salles, retour sur The Grand Budapest Hotel, le film qui a définitivement fait de Wes Anderson l’un des plus grands réalisateurs de sa génération.

Autant dire les choses clairement : je n’ai jamais été un grand admirateur de Wes Anderson. Tout d’abord, je me méfie comme de la peste de tout ce qui vient du Texas, surement l’un des endroits les plus répugnants de notre belle planète. Manque de bol, le cinéaste y est né. Mais ne nous arrêtons pas aux apparences, et parlons de l’essentiel : son cinéma. Très maniéré, reposant généralement sur un récit qui manque parfois de subtilité, un film wesandersonien souffre d’une sorte d’hyperactivité qui fatigue, ou plutôt, me fatiguait. Car, désormais, après avoir enfin vu The Grand Budapest Hotel, je dois avouer l’inavouable : Wes Anderson est effectivement un réalisateur de génie.

1. The Grand Budapest Hotel est visuellement épatant

Le cinéma du cinéaste texan, stylisé comme jamais, est le fruit d’un perfectionnisme sans faille. Chaque plan, chaque scène, constitue un plaisir visuel de tous les instants. Et cette constatation est encore plus vraie avec The Grand Budapest Hotel. On y distingue aisément une admiration pour Kubrick bien sûr, mais aussi Chaplin, Truffaut, ou encore Ashby.  Même la niaiserie de certains éléments du décor, qui virent au kitch, apparaît belle sous l’œil de sa caméra. Comme il l’affirme lui-même, « La question est de savoir jusqu’à quel point on peut aller dans le faux, J’ai toujours peur d’aller trop loin. J’aime l’idée d’être capable de fabriquer ma propre version des choses ». En plus d’être belle, l’image est authentique.

Certains s’offusqueront des travellings à répétition – mais le cinéma n’est-il pas l’art du mouvement ? –, de la composition symétrique de son image qui vire à l’obsession, de son attrait pour les castings AAA lui permettant les plus grandes folies scénaristiques – on se souviendra pour longtemps de Bruce Willis en capitaine Sharp dans Moonrise Kingdom, ou encore de Willem Dafoe en tueur cynique dans The Grand Budapest Hotel. La mécanique humoristique, jouant sans retenue sur l’absurdité des dialogues et le comique de situation offerts par un scénario totalement timbré, fonctionne alors à merveille.

2. The Grand Budapest Hotel est un vrai conte pour adultes

Avec ses personnages déjantés et ses dialogues inspirés, le script de The Grand Budapest Hotel pourrait s’apparenter à celui d’un film d’animation fantastique. Les nombreux éléments visuels rajoutés en post-production – la séquence du poste d’observation, de la course poursuite ou encore de la montée du funiculaire – ne viendront que renforcer le sentiment de visionner un long-métrage hybride.

De même, le film dispose d’un schéma narratif très singulier, dans le sens où l’histoire est racontée par deux narrateurs différents, procédé caractéristique du conte, ce qui accentue encore le caractère cartoonesque du récit. Néanmoins, l’ancrage du récit dans une réalité historique clairement exposée, et l’usage répété d’éléments scénaristiques complexes ou violents montrent que, oui, The Grand Budapest Hotel est réellement un film pour adultes, même s’il baigne dans un univers fantastique.

3. The Grand Budaspest Hotel se comprend par lui-même

Wes Anderson gratifie tout ses films d’une mythologie et de codes dont lui seul a le secret. Son cinéma ne ressemble à aucun autre ; son style, sa forme, son propos, sont reconnaissables entre mille. Et là repose assurément le signe d’un grand auteur.

Mais avec The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson va encore plus loin, puisqu’il offre enfin à son œuvre la maturité qui lui manquait jusqu’à alors. Cette maturité est réelle, palpable à travers des personnages et des situations issus d’une écriture remarquable. Pour la première fois, l’histoire d’un film wesandersonien s’inscrit dans une logique autant personnelle qu’historique : Gustave, protagoniste principal, est inspiré de l’un de ses amis tandis que le scénario est aiguillonné par les écrits de Stefan Zweig,  auteur autrichien injustement méconnu. Wes Anderson, qui signe avec The Grand Budapest Hotel son premier scénario totalement personnel – dans le sens où il en est l’unique auteur –, ne s’inspire pas directement de tel ou tel livre de Zweig mais plutôt de son œuvre globale, ancrée dans le contexte historique d’une Europe en déclin, ravagée par deux guerres mondiales. « Je nourrissais le vieux désir de consacrer un film à l’Europe », avoue l’un des plus européens des cinéastes américains actuels.

4. The Grand Budapest Hotel est un film grand public

Au-delà de tout, le cinéaste américain est parvenu à réconcilier les cinéphiles avec ceux qui ne le sont pas, en les faisant à rire aux mêmes scènes. Le cinéphile distinguera toutes les influences de son cinéma avec gourmandise, tandis que le spectateur lambda ne pourra qu’être absorbé par cette histoire rocambolesque qui allie émotion, humour et suspense avec brio.

Preuve en est d’ailleurs son triomphe au box-office – plus de 1,2 millions de spectateurs en France, plus grand succès de Wes Anderson dans l’hexagone. Alors, s’il-vous-plait, ne me parlez plus de Pixar, de Spike Jonze ou encore de Tim Burton – qui sont des auteurs que j’adore, ou que j’ai adoré, tout comme vous. Le meilleur conteur pour adultes qui existe sur cette planète se nomme Wes Anderson.

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